Garder mon rêve

20141128_155942Si mon futur m’était conté, ce serait l’histoire des années qu’il me restent à passer dans le monde physique. Mon cœur est plein de rêves difficiles à canaliser ; ils sont multidimensionnels. L’un des plus grands espoirs que je nourris, c’est de voir une société où le livre est au centre de tous les intérêts. J’espère voir un monde où la valeur de l’homme dépend de son rapport au livre. Ainsi, je me vois devenir une célébrité avec plusieurs ouvrages ; certains qui deviendraient des best-sellers, d’autres obtenant des distinctions de tout genre. Mais au-delà de tout ce succès que je convoite, je souhaite de tout mon cœur que par mes mots, des âmes parviennent à la guérison. Morale ou physique, pourquoi pas ? Que par exemple une petite fille en phase terminale de cancer puisse recouvrer la santé après avoir entendu lire un paragraphe mien. Mais, des rêves aussi grands ont-ils une chance de parvenir à la réalisation ? Et si j’en faisais trop? A la vérité, je crains que les circonstances hostiles dans ma vie me fassent oublier tout ceci.

Je me vois être une femme avançant la tête ni haute, ni baissée, fixant la vie avec des yeux pleins de défis. Une vie ponctuée de moments de grandes joies, mais aussi de grands dilemmes. Un quotidien conduit par un emploi du temps impressionnant. Une planification stricte qui ne laisse aucune place à la paresse ou à l’oisiveté. Cinq jours sur sept dans les aéroports du monde, de l’Afrique d’abord. Aller à la rencontre de peuples différents. S’enrichir de la diversité des autres, découvrir, aimer d’autres réalités. Des rêves… il faut plusieurs sacrifices pour y parvenir. Au quotidien, il faudra cultiver la persévérance. Je ne suis pas sure de pouvoir supporter toutes les pressions intérieures et extérieures. Parfois, dans mon esprit, il y a un véritable conflit. Une part de moi est enthousiaste et bien disposée à devenir meilleure. Une autre part de moi me dit : «  oublies ces chimères, la vie n’est pas un dessin qu’on fait dans sa tête… ». Mes grands moments de dépression arrivent quand je me laisse aller à la dernière tendance.

De ma famille, je suis proche même si j’ai toujours eu du mal à leur faire accepter mes choix. Je voudrais qu’elle puisse être réceptive à d’autres manières de vivre que celles auxquelles elle est familière. Que ma mère par exemple oublie qu’il n’y a que la fonction publique qui puisse faire le bonheur des travailleurs. Ainsi, parmi mes frères, je vois certains devenir journalistes-écrivains comme moi, d’autres peintres ou virtuoses d’instruments de tout genre. Tous comme une armée ressuscitant les richesses de notre culture. Moi, femme précurseur, conduisant nos pas dans la même direction.

Ce tableau est très reluisant, cependant je suis hantée par une pensée : celle de ne pas coller aux espoirs de mes parents qui me veulent mère et épouse attentionnée. J’ai moi-même du mal à assumer cette facette de moi trop agrippée à la liberté, m’exposant à des débordements. Je ne conçois pas cette vision à laquelle sont attachés mes parents. Comment leur faire savoir que leur fille a des aspirations différentes ? Surtout que ces aspirations ne cadrent pas toujours avec l’éducation traditionnelle et religieuse reçue. Nous vivons et sommes membres d’une société qui n’a aucune considération pour la femme libre de tout engagement marital. Je suis née dans une communauté où seul le mariage peut offrir à une femme de la valeur. Aucun parent ne parvient à comprendre la fille qui n’aspire pas leur offrir des petits-enfants.

Mes rêves sont nombreux, peut-être trop grands comparés aux possibilités qui me sont offertes. C’est pour mes rêves que je vis. Le but de ma vie n’est pas d’augmenter la population mondiale. Je n’envisage pas non plus me soumettre, docile, à un homme à qui des lois arbitraires donnent un peu trop de liberté. En même temps, je souhaite connaître l’amour et la solitude n’est pas une option pour moi.

J’aspire à donner la parole à l’Art. Par exemple, une société où les peintres ne pourraient plus passer inaperçus parce qu’ils seraient connus et reconnus de tous.

Le véritable défi qui se dessine n’est pas de réaliser ou non mes rêves. Et si en cours de chemin, j’étais tentée d’emprunter une voie plus facile. Choisir de devenir riche, gagner beaucoup d’argent, au risque de ranger aux oubliettes mes rêves et mes valeurs avec. Dans mon pays, au quotidien, des hommes qui empruntent des voies tortueuses prospèrent ; les rares personnes qui se veulent différentes sont réduites au silence. C’est un environnement où il faut avoir des devises à tout prix. Qu’est ce qui me garantit que je ne serai pas avalée par cet engrenage ?

Vanessa Ablé

Publicités

4 Replies to “Garder mon rêve”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s