A la Pizzeria (3 et fin)

Supreme_pizza

–    Vous êtes le propriétaire il me semble ?! commença-t-elle ?

–    Oui Madame. Je suis le propriétaire.

–    Comment vous appelez vous ?

–    Gilles N’Dafé

–    N’Dafé, c’est…

–    Oui, ce n’est pas ivoirien, je suis camerounais d’origine.

–     Et quelles sont vos spécialités ?

Avant que Carole n’ai pu terminer, Emile les interrompit.

–    Désolé d’interférer dans votre interview, mais la pizza va refroidir. J’ai cru comprendre que madame ne les mangeait que chaudes.

–    C’est vrai, continua le propriétaire. Vous devriez manger. Je vous laisserai ma carte.

–   C’est bon, puisque vous insistez, je me rends. Merci Monsieur…

–    N’Dafé, madame, je vous en prie. Et surtout bon appétit.

Retour à la réalité. Cette demande, Carole s’y attendait mais elle n’imaginait pas qu’elle en serait autant troublée. Elle savait Emile amoureux mais de là à envisager une telle fusion. ..Elle pensait lui opposé un refus courtois. Mais là, à mesure que les portions de pizza finissaient, elle angoissait. Emile avait le regard tourné ailleurs, sa gêne était à peine cachée. Carole elle, gardait la tête enfouie dans le plat. Elle engloutissait les portions de pizza comme elle en avait l’habitude. On n’entendait que les couverts d’Emile. Carole utilisait ses mains. leur silence était plus bruyant que les couverts. Carole ne savait quoi répondre, Emile lui, était dans une angoisse terrible. Il avait soudain peur de la réponse qu’il pourrait avoir. Il était pourtant sûr que cette femme l’aimait. Certainement pas à la hauteur de son amour à lui. Mais elle pouvait ressentir quelque chose qui grandirait avec le temps.

La pizza était terminée. D’un geste de la main, Emile demanda la note. Une fois réglée, les deux amis, s’en allèrent. Dans la voiture, Carole tenta de briser ce mur de silence.

–   Pourquoi es-tu muet ? dis quelque chose, voyons.

–  Tu veux la bagarre, madame pizza. Aux dernières nouvelles, une demande t’avait été adressée ! normalement si mon raisonnement est encore cohérent, c’est à toi que revient la lourde tâche de parler. Emile était visiblement détendu, et affichait même un sourire.

–   J’ai besoin de temps. Accorde-moi une semaine de réflexion.

–  Je pense objectivement que je n’ai pas vraiment le choix, très chère. Mais, je ne voulais pas te brusquer. Je voulais que tu saches mes intentions à ton égard.

–  Merci. Sache que je serai sincère avec toi. Je t’appelle.

–  Ok.

Leurs derniers mots furent très brefs et Emile avait une idée claire de la situation. Il en était très peiné. Il venait de prendre une décision difficile. Il n’en parlerait certainement jamais à Carole, la seule femme qu’il eut jamais aimée.

Le délai par elle demandé en arrivait à son terme. De son côté Carole était plus confuse que jamais. Il y a quelque jour, elle était sûre de ne ressentir que de l’affection pure pour Emile. En ce moment elle était partagée entre la reconnaissance et la tendresse. Elle n’était plus très jeune, et l’horloge biologique tournait. Elle se disait qu’Emile était certainement sa seule chance de fonder un foyer. En plus depuis des années, qu’ils se connaissaient, Emile s’était toujours très bien comporté à son égard. Il était le seul à être resté quand elle était condamnée à mort par l’insuffisance rénale. Il l’avait aimé en tout temps. Mais, tout ceci, était-il suffisant pour s’unir définitivement à un homme. D’autant plus qu’ils sont des soupes au lait ? Comment savoir si elle l’aimait ou non ? L’amour ne viendrait-il pas avec le temps ? Pouvait-elle être sûre de rencontrer un homme qui la connaisse et qui puisse l’aimer autant qu’Emile ? Son physique n’était pas attirant mais ce n’était plus un problème car Carole avait de gré mais souvent de force changé le style vestimentaire de Emile. De plus, marcher avec lui dans des lieux publics, n’était plus un calvaire pour elle. Mais qu’est ce qui constituait encore un blocage ?

Cette dernière question l’avait poussé ce dimanche après son culte à se rendre chez Emile. En effet, le pasteur avait prêché sur le rôle de chaque conjoint dans le mariage. Il avait commencé son discours avec le cinquième chapitre de la lettre de Paul aux éphésiens. En ses versets 22 et 25. Elle en avait conclu à tort ou à raison, que la femme n’était pas tenue d’aimer son mari. Emile n’était pas venu au culte. Peut-être en avait-il fait le premier. Se disait Carole. Pourquoi, son téléphone était-il fermé ? Elle commença à se faire un sang d’encre. Une fois devant le portail, elle avait le cœur qui battait la chamade. Elle ne savait pourquoi. Après une brève hésitation, elle se décida à sonner. Le vigile vint aussitôt. Après avoir vu le visage de Carole, il vint ouvrir le grand portail.

–         Bonsoir Kader, et ton patron ? il n’est pas venu au culte aujourd’hui. Il est également injoignable sur son téléphone.

–         Bonsoir madame Carole, monsieur est parti hein, il est parti depuiiiis.

–         Parti, mais où ? depuis quand ?

–         Il est allé bara avec les blancs. Il dit que Côte d’Ivoire là, c’est fini ! et puis attendez, il m’a dit que de vous donner des trucs là. Entrez !

Le vigile ramena une grosse enveloppe qu’il remit à Carole. Bien que choquée par ce qu’elle venait d’entendre, elle se reprit et s’en alla en remerciant le vigile.

Emile la faisait propriétaire de son immeuble au Vallons, et de sa villa à Cocody. Il lui avait ouvert un compte bancaire à Life bank, sur lequel, il y avait 7 millions. L’enveloppe contenait les documents attestant juridiquement toutes ses donations. Il y avait aussi une lettre très courte mais pleine de sens. «  Carole, je t’ai aimé depuis le premier jour, jusqu’à ce jour. Ce sentiment ne quittera jamais mon cœur. C’est ce sentiment qui me fait préférer ton bonheur au détriment du mien. Ta réponse avait l’air sans équivoque (Je serai sincère avec toi.), mais j’ai compris que tu ne m’aimais pas. Je refuse que ton sentiment de reconnaissance ne te condamne aux côtés d’un homme que tu n’aimes pas. Je ne peux continuer de te voir tous les jours sans en souffrir. Je voudrais m’éloigner de toi en vue d’exorciser cet amour unilatéral. Je te souhaite le meilleur dans la vie. Je t’aime pour toujours, Emile Komri. »

Carole avait la gorge nouée. Elle était prise dans un tourbillon de sentiments. A en croire sa volonté, elle se réveillerait de ce mauvais rêve…

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2 Replies to “A la Pizzeria (3 et fin)”

  1. Wouaaaaaaaaah ça m’a schotchée 7 histoire!!!Hummmmm femme…
    En tt k bravo ma puce!!!Très belle plume et imagination!!!Alor là,chapeau 🙂
    Je lirais le reste 2m1 à tous les coups 😉

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