A la pizzeria (1)

Supreme_pizzaLe papillon semblait s’être posé. La page de ses jours d’envol était désormais tournée. L’ancien papillon avait mis son trésor floral sous scellée.

Les hommes en blouse bleue en étaient éberlués. Selon la médecine, certaines maladies sont irréversibles. Elles commencent en ruinant le moral de la victime avant de leur porter le coup de grâce physiquement. Carole avait été admise en Septembre. Ses défenses immunitaires étaient anéanties. Les efforts qu’abattaient les médecins n’étaient que pour atténuer ses douleurs. Le verdict des analyses étaient formel. Elle était à deux pas du trépas, ses forces vitales s’affaissaient progressivement. En réalité, on n’avait pas eu besoin d’analyse pour l’imaginer. Elle était si amaigrie que ses draps l’avalaient. Ses os s’exhibaient sans aucune gêne dans un ballet dramatique. L’applaudimètre sien était larmoyant. Personne ne pouvait la voir sans être choqué.

Etendue, elle laissait voguer son esprit vers son passé. Son système lacrymal semblait ne pas être affecté car ses larmes ne se faisaient jamais attendre.

Carole avait croqué la vie à pleine dent. Usant, et abusant de ses charmes, Carole avait arraché à bien de femmes leur maris. Sa dernière victime en date était le ministre de l’éducation nationale. La malheureuse avait été en proie à de longues périodes de dépression. Elle était devenue une habituée des centres de réhabilitation pour alcoolique. Ses honneurs de ministre n’existaient plus que de nom. Tout le monde voyait la maladie de Carole comme un sort à elle jeté par cette malheureuse ex ministre. De toute la fortune amassée avec ses activités libidinales, il ne lui restait que deux comptes bancaires. Le premier qui était le plus fourni avait été nettoyé par sa sœur.

Cette dernière s’était échappée avec l’une des conquêtes de Carole. En effet, ne pouvant plus faire de transaction elle-même elle avait été contrainte de lui en confier la gestion. Le second compte était géré par un ami banquier, Emile. Emile était amoureux d’elle. Il était amoureux de Carole depuis leur adolescence. Il était amoureux d’elle encore à 30 ans. A cet âge déjà, il avait des grandes propriétés et était actionnaires de grandes entreprises de leur pays. Il avait cependant choisi de ne se consacrer qu’à Carole. La vie n’existait que dans ses yeux. Elle était un oasis qui abreuvait son amour.

La nature avait été sévère avec lui. Haut comme trois pommes, il n’avait rien d’un don Juan. L’élégance était un mythe pour lui. Le sort voulait certainement équilibrer la donne en lui ouvrant les portes de la prospérité. Les rares femmes qui lui tournaient autour n’en voulaient qu’à sa fortune. Cela ne le gênait nullement, il n’avait d’yeux que pour Carole.

A l’annonce de la maladie, comme par enchantement la famille de Carole s’était évaporée. Son père qui n’hésitait pas à lui demander de l’argent s’était subitement mué en donneur de leçons. Il se réveillait soudainement de sa léthargie. De disputes en querelles, il ne venait la voir que très rarement. Sa sœur, elle jouait les infirmières. Elle était restée jusqu’à ce que Carole lui confie la gestion de son compte bancaire. Elle avait ensuite levé les voiles avec Marc Koffi, l’amant de Carole. Tous avaient déserté. Il ne restait plus qu’Emile. Emile était là. Il était là avec son amour. Il ne venait jamais sans sa tendresse. Ses yeux étaient toujours baignés dans son amour. Il était surtout vêtu de bonnes intentions.

La santé de Carole s’était dégradée du jour au lendemain, les dialyses l’affaiblissaient. En fait, elle refusait désormais de s’y soumettre. Elle se réfugiait sous la cape du désespoir. La tête posée sur le départ.

Ce soir-là, après l’annonce du nombre de mois qu’il lui restait Carole ne put s’empêcher de pleurer. La liste d’attente pour un donneur était longue. Emile lui, priait pour elle.

Après la visite du médecin, Carole ne voulait pas se faire d’illusion. Elle comptait « garder la tête sur les épaules ». L’espoir avait trouvé close la porte de son cœur. Même ses yeux étaient sourds de foi. On ne guérit pas de l’insuffisance rénale, se disait-elle intérieurement. Cependant elle se sentait légère. Elle avait l’impression d’avoir été déchargée d’un fardeau. Emile lui lisait la bible en attendant les résultats des dernières analyses… [A Suivre]

Vanessa Ablé

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